Un passager tombe au moment de descendre. Le véhicule est arrêté, moteur coupé. Faut-il saisir la responsabilité civile automobile ou la responsabilité civile professionnelle ? Répondre « RC pro parce que la voiture ne roulait pas » est trop rapide : l’assurance automobile ne se limite pas aux chocs d’un véhicule en mouvement.
La bonne démarche consiste à protéger les personnes, décrire les faits sans choisir artificiellement une cause, relire les deux contrats et déclarer aux interlocuteurs susceptibles d’intervenir. La qualification et la coordination appartiennent ensuite aux assureurs, conseils et, en cas de désaccord, aux juridictions — pas à une formule mémorisée.
Deux obligations, deux périmètres à documenter
L’article L. 211-1 du Code des assurances impose une couverture de responsabilité pour les dommages aux tiers dans la réalisation desquels un véhicule terrestre à moteur est impliqué. Le texte couvre aussi la responsabilité civile de la personne ayant la garde ou la conduite du véhicule et celle de ses passagers, dans les conditions prévues.
Pour le transport public particulier de personnes, l’article L. 3120-4 du Code des transports exige également que les personnes fournissant les prestations puissent justifier à tout moment d’un contrat couvrant leur responsabilité civile professionnelle. Le conducteur doit pouvoir présenter le justificatif d’assurance pour le transport de personnes à titre onéreux.
Ces obligations ne créent pas une ligne simple « véhicule en mouvement / véhicule à l’arrêt ». Elles imposent de conserver les deux attestations, les conditions contractuelles et l’usage VTC déclaré. Le dossier sur l’usage professionnel déclaré du véhicule permet de contrôler ce socle avant tout sinistre.
Remplacer la notion de mouvement par celle d’implication
La loi du 5 juillet 1985 s’applique aux victimes d’un accident de la circulation dans lequel est impliqué un véhicule terrestre à moteur, ainsi que ses remorques ou semi-remorques. Un véhicule peut être impliqué sans rouler et même sans contact direct, selon les circonstances. Une portière ouverte, un véhicule stationné qui crée un obstacle ou un élément tombé du véhicule ne basculent donc pas automatiquement hors du champ automobile.
Pour l’analyse initiale, consignez :
- où se trouvait le véhicule : chaussée, bande cyclable, trottoir, parking, cour privée ;
- s’il roulait, manœuvrait, venait de s’arrêter ou était stationné depuis longtemps ;
- qui a ouvert une portière, manipulé le coffre ou déplacé le véhicule ;
- le contact matériel éventuel, sans en faire une condition unique ;
- le rôle concret du véhicule dans la réalisation du dommage ;
- l’action de service distincte : accueil, guidage, portage ou remise d’un objet ;
- la nature du dommage et l’identité des personnes présentes.
Écrivez « le passager a posé le pied sur la chaussée puis a chuté » plutôt que « accident RC exploitation ». La première phrase est un fait exploitable ; la seconde est déjà une conclusion susceptible d’être contestée.
Ce que couvre la garantie automobile obligatoire
La garantie minimale automobile indemnise les tiers pour les dommages causés par le véhicule lorsque la responsabilité couverte est engagée. Elle ne rembourse pas automatiquement le propre véhicule de l’assuré, le conducteur pour ses dommages corporels, sa perte de chiffre d’affaires ou les effets transportés. Ces protections relèvent d’autres garanties éventuelles.
| Dommage | Garantie à examiner | Question |
|---|---|---|
| Blessure d’un tiers avec véhicule impliqué | RC automobile obligatoire | Quel rôle le véhicule a-t-il joué ? |
| Dommage au véhicule VTC | Dommages tous accidents, collision ou autre garantie | Quelle formule et quelle franchise ? |
| Blessure du conducteur | Garantie conducteur et protections sociales | Plafond, seuil, exclusions et pertes de revenus ? |
| Interruption d’activité | Perte financière ou exploitation selon contrat | Événement garanti, carence, plafond et justificatifs ? |
| Bagage du passager | Garantie transportée, RC contractuelle ou spécifique | Objet confié, exclusion, plafond et franchise ? |
Évitez donc la phrase « la RC circulation prend tout en charge ». Elle protège d’abord les victimes dans le périmètre obligatoire. Les propres pertes de l’exploitant dépendent des garanties souscrites.
Ce que la RC professionnelle doit préciser
L’obligation d’une RC professionnelle ne décrit pas à elle seule toutes les situations garanties. Les conditions particulières et générales fixent l’activité déclarée, les personnes assurées, les plafonds, franchises, exclusions, territorialité et période. Recherchez explicitement :
- transport de personnes à titre onéreux et activité VTC ;
- erreur ou faute dans l’organisation de la prestation ;
- accueil, accompagnement, aide à la montée et à la descente ;
- manutention ou garde temporaire des bagages ;
- dommages aux biens confiés, souvent soumis à limite ou exclusion ;
- sous-traitants, salariés, dirigeants et préposés ;
- préjudices corporels, matériels et immatériels consécutifs ou non ;
- défense, recours et frais de procédure ;
- activité hors de France et courses transfrontalières ;
- clause de subsidiarité lorsqu’une autre assurance intervient.
Le nom marketing « RC exploitation » ne prouve pas que l’embarquement ou les bagages sont garantis. Obtenez une réponse écrite avec la référence de la police et la version des conditions.
Analyser cinq scènes sans automatisme
1. Collision pendant une manœuvre
Le VTC recule et heurte un cycliste : le véhicule est directement impliqué. La déclaration automobile est prioritaire, avec constat, témoins et usage professionnel. La RC professionnelle peut être informée si un dommage distinct de l’exploitation est allégué, mais elle ne remplace pas la police automobile.
2. Portière ouverte sur un deux-roues
Le véhicule est arrêté et une portière est ouverte au passage d’un vélo. L’arrêt du moteur ne suffit pas à écarter le champ automobile. Relevez qui a ouvert, l’emplacement, le sens de circulation, le contact et les blessures. Déclarez au contrat automobile ; informez aussi la RC professionnelle si le geste s’inscrit dans la prestation et que le contrat le demande.
3. Chute à la descente sans choc
Le passager chute en posant le pied sur un sol irrégulier. Décrivez la hauteur, l’emplacement d’arrêt, la position du véhicule, l’éclairage, l’assistance proposée et l’état apparent du sol. Ne concluez pas seul que le véhicule est absent de la réalisation de l’accident. Une déclaration conservatoire aux deux assureurs évite de perdre du temps lorsque la frontière est discutée.
4. Valise lâchée par le chauffeur
Le chauffeur sort une valise du coffre et la laisse tomber. Si la valise est endommagée, examinez la responsabilité liée à la prestation et la garantie des biens confiés. Si elle blesse un passant ou heurte un véhicule, décrivez aussi le rôle du coffre et du véhicule. La nature de la chose endommagée et la personne qui la gardait comptent autant que le lieu.
5. Café renversé dans le hall d’un hôtel
Le chauffeur, venu chercher son client, renverse un café loin du véhicule. Le lien avec l’activité peut orienter vers la RC professionnelle, tandis que le véhicule n’a joué aucun rôle apparent. Vérifiez néanmoins qui intervenait, pour le compte de quelle entreprise et dans quelle mission.
Ces exemples sont des méthodes de collecte, pas des décisions opposables à l’assureur.
Traiter le passager comme une victime potentielle, pas comme une preuve
La présence d’un passager ne suffit pas à déterminer la police. Elle impose en revanche une réponse organisée :
- sécuriser la zone et appeler les secours si nécessaire ;
- ne pas déplacer une personne blessée sauf danger immédiat et suivre les instructions des secours ;
- recueillir identité et contact strictement utiles ;
- indiquer les assureurs et références disponibles sans promettre une indemnisation ;
- prévenir l’exploitant, la plateforme ou le donneur d’ordre selon le contrat ;
- organiser la poursuite du trajet seulement si la sécurité et la personne le permettent ;
- ouvrir un dossier unique de suivi.
Le guide accident VTC avec passager détaille cet ordre d’action. La victime dispose par ailleurs, selon l’article L. 124-3 du Code des assurances, d’une action directe contre l’assureur garantissant la responsabilité civile de la personne responsable.
Ne pas confondre responsabilité et garantie
Trois questions doivent rester séparées :
- Que s’est-il passé ? Faits, personnes, véhicule, action et dommage.
- Qui pourrait être responsable ? Conducteur, exploitant, employeur, passager, tiers, propriétaire du lieu ou plusieurs acteurs.
- Quel contrat garantit cette responsabilité ou ce dommage ? Automobile, RC professionnelle, multirisque, garantie personnelle ou autre.
Un dommage peut exister sans responsabilité démontrée. Une responsabilité peut être engagée mais faire l’objet d’une exclusion ou d’un plafond hors champ obligatoire. Une garantie de dommage peut intervenir sans attendre la détermination finale des responsabilités, selon le contrat. N’utilisez pas « non responsable » comme synonyme de « intégralement indemnisé ».
Cas du chauffeur salarié
Lorsque le conducteur est salarié, signalez l’événement immédiatement à l’employeur selon la procédure. Identifiez le souscripteur de la police automobile, l’entité exploitante, le véhicule, la mission et le donneur d’ordre. Ne présumez ni que le salarié paiera personnellement, ni que l’assurance de l’employeur couvrira tout.
Le dossier doit préciser :
- horaire et planning de travail ;
- course affectée et instructions reçues ;
- véhicule et conducteur déclarés ;
- activité accomplie lors du dommage ;
- employeur, exploitant, propriétaire et souscripteur ;
- éventuelle déclaration d’accident du travail pour la blessure du salarié ;
- interdiction de reprendre un véhicule dangereux.
L’employeur coordonne ses contrats ; le salarié fournit un récit personnel daté. Une version dictée collectivement après coup fragilise les faits.
Cas du sous-traitant ou du véhicule loué
Avec un chauffeur indépendant sous-traitant, une flotte, un véhicule en location ou une plateforme, quatre entités peuvent coexister : propriétaire, gardien, conducteur et vendeur de la course. Demandez avant exploitation les attestations, l’usage déclaré, les conducteurs autorisés et la répartition contractuelle des déclarations.
Après l’incident, prévenez les acteurs prévus sans attendre qu’ils se renvoient le dossier. Indiquez les références communes — course, véhicule, heure, client — mais ne diffusez pas le dossier médical ou les coordonnées du passager à des destinataires inutiles. Le contrat commercial n’autorise pas une circulation générale de données.
Établir une chronologie factuelle
| Moment | Élément | Preuve possible |
|---|---|---|
| Avant | Réservation, mission, conducteur, véhicule, lieu prévu | Justificatif, planning, message d’affectation |
| Approche | Trajectoire, arrêt, signalisation, environnement | Plan, témoins, photos sûres, données nécessaires |
| Événement | Geste, position, contact, chute ou dommage | Récits séparés et constat |
| Conséquences | Blessures, biens, véhicule, circulation | Secours, photos, coordonnées et documents |
| Après | Alertes, assistance, déclarations, décisions | Heures, accusés et numéros de dossier |
Conservez les versions originales. Si une erreur est corrigée, ajoutez une note datée sans écraser la première déclaration. Les photos sont prises seulement lorsque la zone est sûre et sans mettre le chauffeur sur une voie circulée. Le guide photos après un accident VTC précise ce protocole.
Déclarer dans le délai du contrat
L’article L. 113-2 du Code des assurances impose d’aviser l’assureur dès connaissance du sinistre et au plus tard dans le délai fixé par le contrat. Pour le cas général, ce délai contractuel ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés. Cela ne signifie pas qu’il faut attendre cinq jours : une blessure, une contestation ou un doute entre contrats se déclare sans retard selon les canaux prévus.
Vérifiez séparément les délais de la police automobile, de la RC professionnelle, de l’employeur, du loueur et de la plateforme. Conservez l’accusé avec date et heure. Une déclaration orale au standard sans numéro de dossier n’est pas une traçabilité suffisante.
Pour réunir le minimum utile sans retarder l’envoi, suivez la checklist déclarer un sinistre VTC. Une pièce complémentaire peut être transmise après l’ouverture ; l’absence d’un devis immédiat ne doit pas servir de prétexte à laisser expirer le délai du contrat.
Faire deux déclarations conservatoires lorsque le doute est réel
Si l’implication du véhicule et l’acte de service sont tous deux plausibles, déclarez factuellement aux deux assureurs dans leurs délais. Mentionnez l’existence de l’autre police et demandez une coordination. N’affirmez pas que l’une « doit payer » ; demandez une position écrite motivée.
Le message peut suivre cette structure :
Le [date] à [heure], lors de [mission], le véhicule [immatriculation] était [position et état]. [Personne] effectuait [geste décrit]. Le dommage constaté est [fait]. Les secours ou témoins sont [références]. Nous déclarons l’événement à titre conservatoire sans préjuger de sa qualification et vous demandons confirmation du numéro de dossier, des pièces requises et de la coordination avec la police [référence].
Le script interne de l’entreprise doit bannir les formulations inventées pour « faire entrer » le dommage dans une garantie. Une inexactitude peut aggraver le litige.
Pièces à préparer sans surcollecter
- contrats, attestations et conditions applicables à la date ;
- carte grise, conducteur et usage professionnel ;
- réservation préalable et identité de la mission ;
- constat ou description signée, avec désaccords visibles ;
- coordonnées des témoins avec leur accord ;
- photos ou vidéos originales pertinentes et sûres ;
- références des secours ou forces de l’ordre ;
- preuve du dommage matériel et devis si demandé ;
- échanges avec le passager et les acteurs ;
- accusés de déclaration et numéros de sinistre.
Ne demandez pas le dossier médical complet du passager. Orientez les pièces de santé vers le canal sécurisé de l’assureur lorsque celui-ci les requiert. Limitez dans le CRM métier les données sensibles et les accès.
Lire une position de refus ou de renvoi
Un assureur peut estimer que l’autre police est prioritaire. Demandez :
- la décision écrite et les faits retenus ;
- la clause ou le fondement invoqué ;
- si le refus porte sur la responsabilité, la garantie, l’exclusion ou une pièce manquante ;
- la confirmation que la déclaration reste enregistrée ;
- les voies de réclamation et délais ;
- la position sur la défense de l’assuré et l’indemnisation du tiers.
Adressez d’abord une réclamation au service compétent de l’assureur ou de l’intermédiaire. Si le litige persiste, la fiche Service-Public décrit le recours au médiateur de l’assurance après les démarches internes. N’attendez pas la fin de ce désaccord pour protéger une victime ou conserver les preuves.
Vérifier les trous de garantie avant exploitation
Organisez une revue annuelle et à chaque changement de véhicule, conducteur, activité ou organisation. Faites répondre par écrit à dix scénarios :
- collision avec un tiers pendant une course ;
- passager blessé dans le véhicule ;
- portière heurtée par un cycliste à la descente ;
- chute du passager sans contact ;
- bagage confié endommagé ;
- bagage qui blesse un tiers ;
- chauffeur blessé seul ;
- salarié, remplaçant ou sous-traitant au volant ;
- véhicule loué ou prêté ;
- incident hors de France.
Pour chaque scénario, notez police, plafond, franchise, exclusion, premier contact, délai et pièces. Un « oui, vous êtes couvert » sans ces éléments ne permet pas d’exécuter la procédure.
Cas pratique : chute entre portière et trottoir
À 21 h 10, le VTC s’arrête le long d’un hôtel. Le passager ouvre la portière arrière droite, descend et chute entre la chaussée et le trottoir. Le chauffeur immobilise la zone, appelle les secours à la demande de la personne et ne déplace pas le véhicule avant les constatations utiles et sûres.
Il note l’emplacement exact, l’éclairage, la position de la roue et de la portière, l’état du sol, l’auteur de l’ouverture et les témoins. Il ne rédige pas « simple chute hors circulation ». L’exploitant déclare à l’assureur automobile et à la RC professionnelle à titre conservatoire, avec les deux numéros de police, puis demande la coordination.
Le passager reçoit les références et un interlocuteur, sans promesse sur le montant ou la police finale. Les photos originales, la réservation et les accusés sont placés dans un dossier restreint. Cette procédure maintient les droits sans fabriquer une qualification.
Checklist le jour de l’incident
- personnes protégées, secours appelés si nécessaire ;
- véhicule immobilisé et reprise interdite s’il est dangereux ;
- lieu, heure, position et geste décrits factuellement ;
- implication possible du véhicule documentée même à l’arrêt ;
- action de service distincte identifiée ;
- dommages corporels, matériels et propres séparés ;
- conducteur, exploitant, propriétaire et donneur d’ordre identifiés ;
- photos prises uniquement en sécurité ;
- contrats automobile et RC professionnelle retrouvés ;
- déclarations conservatoires envoyées dans les délais ;
- accusés et numéros de dossier conservés ;
- données de santé limitées et transmises au bon canal ;
- victime informée de l’interlocuteur sans promesse ;
- réclamation écrite préparée si les assureurs se renvoient le dossier.
Sources officielles
- Légifrance : article L. 211-1 du Code des assurances, responsabilité impliquant un véhicule
- Légifrance : loi du 5 juillet 1985 sur les victimes d’accidents de la circulation
- Légifrance : article L. 3120-4 du Code des transports, RC professionnelle
- Légifrance : article R. 3120-4 du Code des transports, justificatif d’assurance
- Légifrance : article L. 113-2 du Code des assurances, déclaration du risque et du sinistre
- Légifrance : article L. 124-3 du Code des assurances, action directe du tiers lésé
- Service-Public : assurance automobile obligatoire et garantie au tiers
- Service-Public : preuve d’assurance et mention du transport public à titre onéreux
- Sécurité routière : appel du 112 en cas d’accident avec blessé
- Service-Public : recours en cas de litige avec un assureur automobile
Sources consultées le 6 septembre 2026. La qualification d’un accident et l’application des garanties dépendent des faits, des contrats et du droit applicable. Déclarez avec exactitude et sollicitez l’assureur ou le conseil compétent ; ce guide ne remplace ni une décision de garantie ni un avis juridique.
